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Château-Roussillon à Perpignan : Ruscino, une cité antique dominée par une tour à signaux

Solène Darracq-Belloc 7 min de lecture
Château Roussillon Perpignan : tour médiévale de Ruscino

À l’est de Perpignan, Château-Roussillon rassemble sur une même butte le site archéologique de Ruscino et plusieurs vestiges médiévaux. Dominant la Têt dans la plaine du Roussillon, ce lieu permet de suivre une histoire longue, des premières occupations humaines à la cité romaine, puis au castrum médiéval.

Château-Roussillon : où se trouve ce site près de Perpignan ?

Château-Roussillon se situe dans les Pyrénées-Orientales, à l’est de Perpignan, sur une hauteur d’environ 35 à 40 mètres qui domine la Têt. Cette position, entre la ville et la mer, offrait un point d’observation sur la plaine tout en restant proche des anciens axes de circulation.

Vue d'ensemble de Château-Roussillon Perpignan et du site archéologique de Ruscino
Vue d’ensemble de Château-Roussillon Perpignan et du site archéologique de Ruscino

Le nom désigne à la fois un lieu-dit, un ensemble patrimonial et une ancienne commune. Château-Roussillon a été érigée en commune en 1790, avant d’être rapidement rattachée à Perpignan entre 1790 et 1794. Il ne faut donc pas y chercher un château intact au sens d’une forteresse conservée dans son intégralité. Le site associe des vestiges archéologiques antiques, une tour médiévale, une église et des traces de murailles.

Repère Ce qu’il faut retenir
Situation À l’est de Perpignan, sur une butte dominant la Têt
Site antique Ruscino, à l’origine du nom Roussillon
Patrimoine médiéval Tour à signaux, église Sainte-Marie-et-Saint-Pierre et vestiges du castrum
Statut administratif Ancienne commune aujourd’hui rattachée à Perpignan

Ruscino, la cité qui a donné son nom au Roussillon

Avant Château-Roussillon, le lieu fut Ruscino. Son occupation est attestée dès le Néolithique et se poursuit au premier âge du Fer. Entre le VIe et le IIe siècle avant notre ère, l’oppidum est probablement la capitale des Sordes, un peuple installé dans cette partie de la plaine. La hauteur, la proximité du fleuve et les circulations régionales en faisaient un emplacement favorable à l’habitat et aux échanges.

Tour médiévale de Château-Roussillon Perpignan près de l'église
Tour médiévale de Château-Roussillon Perpignan près de l’église

Le site connaît ensuite plusieurs périodes d’occupation. Les niveaux archéologiques témoignent notamment des phases préromaines et romaines, puis de présences wisigothe et arabe au VIIIe siècle. Cette succession explique la diversité des vestiges et la superposition des couches observées lors des fouilles.

Une ville tournée vers les échanges romains

Ruscino prend une dimension urbaine à l’époque romaine. La Via Domitia, grand axe reliant l’Italie à l’Hispanie, favorise le développement commercial et administratif du secteur. À la fin du Ier siècle avant notre ère, sous Auguste, un forum monumental est aménagé. Il ne s’agit pas d’une simple place : le forum concentre les fonctions civiques, judiciaires, religieuses et économiques de la ville.

Le destin de Ruscino éclaire aussi celui de Perpignan. La ville antique décline à la fin du IIe siècle, tandis que d’autres pôles gagnent en importance, notamment Elne et Narbonne. Bien plus tard, le déplacement des centres de pouvoir vers Perpignan contribue à marginaliser le site médiéval. Pourtant, son nom a survécu : Ruscino est à l’origine du nom Roussillon, ce qui donne à Château-Roussillon une place particulière dans l’histoire régionale.

Lire les vestiges antiques : forum, habitat et traces du quotidien

Les fouilles archéologiques ne livrent pas une ville figée, mais des couches successives d’occupation. La stratigraphie permet de distinguer des niveaux préromains, gallo-romains et médiévaux, même lorsque des constructions plus récentes ont recouvert ou perturbé les installations anciennes.

Localiser Château-Roussillon et le site de Ruscino

Le forum monumental de Ruscino

Le principal ensemble antique dégagé est le forum. Il comprenait des boutiques, ou tabernae, une basilique à trois nefs et une curie. La basilique n’était pas une église au sens chrétien du terme. Dans la ville romaine, elle accueillait notamment des activités publiques, judiciaires et commerciales. La curie était liée à la vie politique locale.

D’autres indices complètent l’image de la cité : un quartier d’habitation bâti en galets et recouvert d’enduits, des thermes, ainsi qu’un théâtre antique identifié par son empreinte dans le talus. Ces éléments montrent que Ruscino ne se résumait pas à un poste de passage. La ville possédait des équipements monumentaux et des espaces de vie organisés autour de fonctions publiques et quotidiennes.

Ce que les fouilles racontent mieux qu’un monument isolé

Sur un site archéologique, les changements de sol servent de repères chronologiques. Chaque remblai, mur arasé, sépulture ou couche de mobilier peut marquer un moment d’usage, d’abandon ou de transformation. À Château-Roussillon, les inhumations médiévales recouvrent parfois des niveaux plus anciens. Cette superposition montre comment un même promontoire a été réinvesti selon les besoins de chaque époque.

Une fouille a notamment mis au jour une dizaine de sépultures réparties sur trois niveaux chronologiques. Certaines étaient orientées, en pleine terre ou installées dans des coffres en pierre de réemploi. Un pichet d’environ 0,15 mètre, découvert dans une tombe et daté entre le Xe et le XIIIe siècle, illustre la manière dont les objets contribuent à dater les occupations funéraires.

La tour médiévale : un poste de communication autant que de défense

La silhouette la plus identifiable de Château-Roussillon est sa tour médiévale, haute d’environ 20 mètres. Construite en galets maçonnés, elle est généralement datée du XIIIe ou du XIVe siècle. Elle appartient à l’histoire du castrum, l’ensemble fortifié qui a succédé à la ville antique sur cette position dominante.

La notice officielle du musée archéologique de Ruscino, Découvrez l’histoire du site archéologique de Ruscino, identifié à Château-Roussillon, dans cette référence institutionnelle du ministère de la Culture.

Envoyer des messages par le feu et la fumée

Cette tour était une tour à signaux. Depuis son sommet, des feux ou de la fumée produits dans une cage servant de brasero permettaient de transmettre des alertes visuelles. Le principe reposait sur la visibilité entre points hauts : un signal pouvait être observé, interprété puis relayé. Cette fonction de communication territoriale complétait son rôle défensif et explique sa situation au-dessus de la plaine.

La tour a été donnée à la Ville de Perpignan en 1856. Elle a ensuite été restaurée, avec la reprise de sa maçonnerie et l’ajout d’un escalier menant au toit-terrasse. La tour et l’église ont été inscrites à l’inventaire des Monuments historiques en 1944. La mise en valeur de la tour est mentionnée en 1976.

L’église, les murailles et la mémoire légendaire du lieu

À proximité de la tour subsiste l’église Sainte-Marie-et-Saint-Pierre, associée aux vestiges du château médiéval et à des pans de muraille. Cet ensemble rappelle que Château-Roussillon fut un lieu de pouvoir après le déclin de la cité antique. Des comtes de Roussillon y ont résidé entre le VIIIe et le Xe siècle, à une période marquée par les recompositions politiques de la région.

Le site est également lié à la légende de Guillem de Cabestany. Le récit fait intervenir le troubadour, Saurimonda et Ramon de Château-Roussillon dans une histoire tragique d’amour et de vengeance. Cette tradition nourrit la mémoire médiévale du lieu, mais elle doit être distinguée des faits établis par l’archéologie et les documents historiques. La présence réelle de la tour ne suffit pas à confirmer les scènes racontées par la légende.

Pour découvrir Château-Roussillon avec justesse, il faut donc confronter deux lectures. Les vestiges apportent des indices matériels sur les occupations successives, tandis que les récits transmettent une mémoire culturelle. Ruscino, le château médiéval et le rattachement à Perpignan appartiennent à des moments différents, réunis aujourd’hui sur un même site patrimonial.

Solène Darracq-Belloc

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